Une nouvelle économie de la fonction, de l’usage.
La location temporaire de véhicules
Des exemples comme le Velib parisien et ses équivalents en province, ou le système similaire de prêt d’automobile, voire encore les organisations de covoiturage illustrent bien le sujet. Plutôt que d’acheter un vélo, le Velib propose d’en louer un sur une durée et une distance choisies, à un moment choisi. C’est bel et bien un système de cartes et de gestion informatisée qui permettent au tout de fonctionner. Une utilisation typique de l’informatique à la fois pour un comportement plus écologique (utilisation du vélo) et pour une économie durable (emprunt plutôt qu’achat).
Des systèmes similaires voient le jour avec des automobiles, permettant de bénéficier d’un véhicule quand le besoin s’en fait sentir, sans l’acheter pour autant, et d’avoir dans le même temps un impact moindre sur l’environnement.
La ville d’Ulm en Allemagne a opté pour une expérience appelée Car2go ( www.car2go.com ) menée avec le constructeur automobile Daimler. Une puce électronique est installée sur le permis de conduire des adhérents au service.
Elle permet d’ouvrir l’une des Smart du parc car2go en la passant simplement devant un scanner installé sur la voiture. Pour 19c la minute (un peu plus de 11 euros par heure, puis tarif dégressif), l’automobiliste occasionnel peut prendre une voiture sur un emplacement réservé dans de nombreux endroits de la ville et la laisser à un autre emplacement identifié. Lors de la réservation, un SMS informe l’usager de l’emplacement le plus proche pour trouver une voiture disponible. Rien de tout cela ne pourrait fonctionner sans un système d’information complet de réservation et d’information, sans une gestion des puces électroniques et sans l’utilisation de la téléphonie mobile.
Enfin, preuve de la simplicité de la démarche et de l’intérêt que ce type de système suscite, car2go s’exportera en 2010 à Austin au Texas. Une ville typique de l’Amérique, très étendue où l’automobile est reine. Il suffit d’y chercher les trottoirs. Les système Mobilib de Toulouse ( www.mobilib.fr ) ou Alpes-Autopartage à Grenoble ( www.alpes-autopartage.fr ) fonctionnent sur le même modèle avec une adhésion, une carte électronique et des emplacements réservés dans la ville pour les véhicules.
Les achats en ligne
La simple commande en ligne de certains biens évite aussi des déplacements automobiles individuels et lesremplace par le trajet d’un seul véhicule de livraison pour plusieurs familles. Évidemment, cela n’empêche pas, bien au contraire, la ballade au marché ou le passage régulier chez la boulangère ou chez le boucher. L’achat en ligne de produits numériques comme la musique ou les films, par exemple, ou tout simplement les logiciels, évite même tout transport ou emballage. Inutile désormais de se rendre en magasin pour acheter un CD ou un DVD. Et finis les emballages plastiques qui pèsent plusieurs fois le poids du produit. Des études démontrent clairement que l’impact voiture + supermarché de périphérie peut être considérablement réduit par la commande sur Internet, du moins en espaces urbains.
Des produits fabriqués à la maison
Comme le précise par ailleurs Gilles Berhault, président d’ACIDD, dans son ouvrage Développement durable 2.0, les« nouvelles technologies vont nous aider à fabriquer localement des produits différenciés, adaptés aux cycles de vie et aux matériaux disponibles localement, évitant le transport polluant. » Ainsi, des imprimantes 3D, par exemple, qui existent depuis longtemps dans l’industrie, mais commencent à se démocratiser, peuvent « imprimer » des objets. Elles superposent en fait des couches d’une forme spécifique de résine de façon à obtenir finalement cet objet à partir d’un modèle numérique 3D fourni par les concepteurs. Il devrait donc être possible dans l’avenir de commander un produit en ligne et de tout simplement l’imprimer plutôt que de se le faire livrer. Le transport et l’emballage sont éliminés et le consommateur dispose d’une offre personnalisée. Ces systèmes demanderont simplement à être optimisés pour ne pas déporter la consommation électrique et les émissions de gaz à effet de serre induits depuis le producteur vers le consommateur.
L’économie du don ou de l’échange
Les modèles économiques fondés sur le don ou l’échange sont aussi facilités par les TIC. Parfois nés avant Internet, ils l’utilisent désormais pour mettre en relation instantanément leurs adhérents. Ils gèrent par ailleurs les services ou les produits à échanger dans des bases de données directement accessibles par les internautes.
Le site britannique Freecycle.org permet aux habitants d’une même ville de donner les biens dont ils souhaitent se débarrasser et à ceux qui en ont besoin de les récupérer ( freecycle.org ). Freecycle s’appuie uniquement sur le don, et qui plus est, sur un don de proximité. Le Wwoofing (Wwoof World Wide Opportunities on Organic Farms), né dans les années 70, s’est lui très naturellement converti au Web ( www.wwoof.fr ).
Ce réseau est constitué de fermiers du monde entier qui accueillent chez eux des voyageurs en leur offrant gite, couvert et formation à une agriculture plus écologique en échange de leur participation au travail de la ferme. Les nombreux sites de covoiturage fonctionnent sur le même principe ( www.covoiturage.fr ). Le web 2.0 accélère encore le mouvement en autorisant la publication d’annonces en temps réel sur des sites de micro-blogging comme Twitter, comme le fait Easycovoiturage ( www.easycovoiturage.com/twitter.php ). Comme l’imaginent William Mitchell et Federico Casalegno, chercheurs au MIT ( Massachussetts institute of technology de Boston ) dans leur ouvrage « connected sustainable cities », des cartes de fidélités pourraient apparaître afin de collecter des miles de recyclage. Le principe serait d’enregistrer comme sur une carte de fidélité des points pour chaque action positive pour l’environnement comme le recyclage des déchets ou l’économie de l’eau, et d’utiliser ces bonus pour acheter des produits ou des services verts.