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06 septembre 2009 - Etre ou ne pas être politiquement correct ?

Nelly Kaplan
Nelly Kaplan

La liberté passe aussi par le droit de penser autrement. Mais aujourd'hui peut-on encore dire tout ce que l'on pense ? Une des conférences-débats de la dernière demi-journée était consacrée à cet épineux problème. Jean-François Copé, Denis Olivennes, Ivan Rioufol, Oliviero Toscani, Jean-Pierre Caillot, Alain Minc, Nelly Kaplan et Fadela Amara ont tous ensemble cherché les réponses. Florilège.

Denis Olivennes : Le politiquement correct est tout de même un progrès de la civilité. C'est un fruit de la démocratie. En effet, le modèle de la démocratie ce n'est pas Le diable au corps, c'est La princesse de Clèves.

Nelly Kaplan : Je suis tout à fait contre ce que dit Denis Olivennes. Le politiquement correct est le virus le plus redoutable que génère notre société. C'est le plus petit commun dénominateur de la pensée.

Fadela Amara : Quand nous dénoncions, dans les quartiers les violences faites aux femmes, les politiques ne se sont pas précipités pour nous soutenir. Etre dans la norme n'est-ce pas plus tranquille que d'entrer dans un processus qui nous entraîne à bousculer la majorité ? "Ni Putes, ni soumises" reste politiquement incorrect quand on prend position contre le port de la burqa.

Fadela Amara : S'inscrire dans le politiquement incorrect est parfois le seul moyen de faire avancer les choses. J'aime la démocratie totalement décomplexée. Il faut oser admettre qu'être Arabe n'est pas un diplôme, et qu'être noir n'est pas une compétence. Nous devons faire en sorte de favoriser l'émergence d'une élite des populations immigrées.

Jean-François Copé : Le politiquement correct est l'ennemi absolu de la démocratie. C'est le principe de la cocotte minute, et c'est comme cela qu'on se retrouve avec l'extrême droite au deuxième tour. Le politiquement correct est un virus qui nous entrave sur tous les sujets avec une clé d'entrée : l'absence de débat.

Oliviero Toscani : En Italie, il faut être politiquement incorrect. L'artiste doit toujours être subversif. J'écoute ce que dit le marketing et je fais exactement le contraire. C'est très "politiquement correct" pour mon métier.

Alain Minc : En économie, le politiquement correct finit par être raboté par les faits.

Ivan Rioufol : Nous vivons aujourd'hui dans la tyrannie du politiquement correct. Le politiquement correct est un désastre de l'éducation, de la société, de la politique. Nous sommes sous une chape de plomb. Le politiquement correct est devenu une idéologie moraliste qui ne supporte plus la contradiction. Il empêche de poser les bons diagnostics. C'est une régression.

Jean-François Copé : Dans la société, on a progressé chaque fois qu'on est sorti du politiquement correct.

Nelly Kaplan : Une phrase de Sade : "Ce n'est pas ma manière de penser qui a fait mon malheur, mais la manière de penser des autres." Aujourd'hui on ne peut plus appeler un chat un chat. On ne dit plus prostituées, on dit travailleuses du sexe ; on n'avorte plus, on interrompt volontairement une grossesse ; l'agression devient incivilité, le boucher, préparateur de produits carnés, le cancre élève en difficulté, l'obèse une personne en surcharge pondérale ...On appelle les homosexuels des gays... mais quid des homosexuels mélancoliques ? On appelle les noirs des personnes de couleur mais alors comment appeler les blancs , des délavés ? Il y a un mot de la langue française que j'aime par-dessus tout, c'est NON. Je persiste et signe.

Oiviero Toscani : La recherche du consensus nous conduit tout droit à la médiocrité.

Nelly Kaplan : Je ne suis pas contre le clonage car l'humanité est à réinventer et on peut faire mieux. De même j'approuve la pollution car c'est à cause de la pollution qu'on sera obligé de partir à la découverte d'autres planètes. En avant toute !

Fadela Amara : Je veux continuer à être une femme libre. Il ne faudrait cependant pas que le politiquement incorrect finisse par libérer des haines qui nous ramèneraient en arrière.

Jean-Pierre Caillot : Aborder certains sujets peut être chargé de terreur.

Alain Minc : Je vous suggère une lecture, La vie de Jésus d'Ernest Renan . Voilà le vrai politiquement incorrect.

Ivan Rioufol : Le défi immédiat est de réconcilier la parole politique avec la parole des gens.


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