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06 septembre 2009 - Le capitalisme sera éthique ou ne sera pas

Alors que nous affrontons une des plus grandes crises de l’histoire, comment allons-nous en sortir ? En introduisant la plénière « Le capitalisme sera éthique ou ne sera pas. », Jean-Pierre Elkabbach, souligne que le thème choisi n’est pas une interrogation, mais une injonction. Mais « parler d’éthique à propos du capitalisme, demande t-il, n’est ce pas d’entrée une hypocrisie » ? A quoi devra ressembler le capitalisme demain ?

Pour Xavier Fontanet, l’important est avant tout de se demander si « on traite ses interlocuteurs, comme on souhaite soi-même être traité ». Mais le président d’Essilor insiste pour qu’on n’oublie pas que dans les bidonvilles indiens on tient au capitalisme qui est un formidable outil de développement, même si bien sûr il faut l’améliorer.

Revenant sur la crise qui vient de secouer l’économie mondiale, Laurent Fabius rappelle que « nous avons mis en place des réponses financières qui ont permis d’éviter le pire mais que cela ne représente qu’une partie de tout ce qu’il fallait faire. » Et d’ajouter qu’il reste toute une série de questions majeures qu’il va falloir traiter pour « Inventer les temps nouveaux. » Ce qui m’intéresse dans cette crise, souligne l’ancien Premier ministre c’est « qu’elle met en cause à la fois la vision traditionnelle de la droite – l’autorégulation – et celle de la gauche  -une régulation au niveau de la redistribution. Il y a beaucoup de causes à la crise, précise-t-il mais parmi les principales on trouve aux Etats-Unis, le partage inégal entre les revenus du travail et les revenus du capital. Cela à entraîner un surendettement des salariés américains dopés aux amphétamines de l’endettement.

Qui sont les responsables de la crise ? S’interroge à son tour Michel Pébereau.  A l’origine il y a pour lui un mystère : comment la crise du marché immobilier américain a-t-elle pu dégénérer en crise financière et économique mondiale ? Au niveau macro, explique Michel Pébereau, «  il y avait des déséquilibres qui se sont traduits par un déficit d’épargne des Américains et une épargne trop forte d’autres pays dont la Chine. »  Au niveau du secteur bancaire « la crise a été d’abord une crise de liquidité ou de solvabilité de certains établissements.  Les premiers responsables ont été les banques d’investissement américaines qui ont pris des risques qu’elles étaient incapables d’assumer. »… Enfin, il ne faut pas oublier l’illusion du tout marché et la part de responsabilité des normes comptables internationales. « BNP Paribas a été assez solide dans cette crise ajoute Michel Pébereau. Mais quand il est apparu que Lehman Brothers, une grande banque d’investissement américaine était capable de faire faillite, l’ensemble des investisseurs se sont retirés des marchés. Nous sommes passés à deux doigts du risque systémique. Cela a pu être évité parce que les banques centrales ont très bien joué leur rôle, notamment la BCE, contrairement à ce qui s’était passé dans les années 30. »

« Jusqu’à la crise nous étions dans un système capitaliste et nous resterons dans un système capitaliste, insiste toutefois Marc Ladreit de Lacharrière.»  Pour lui il n’y a pas de modification profonde de la vision que nous pouvons avoir du capitalisme. Quant aux causes de la crise, le président de Fimalac incrimine avant tout la défaillance de l’administration centrale américaine qui a continué de privilégier le plein emploi alors que la croissance nécessaire n’était pas eu rendez-vous, ce qui a eu pour conséquence le développement d’une énorme bulle financière. « Les Américains se sont trompés en pensant que la FED aurait les moyens de juguler cela et dans la monde moderne, c’est la première fois qu’une crise se propage si vite à tout le reste du monde. Quant à la part de responsabilité portée par les capitalistes français et les agences de notation comme Fimalac, Marc Ladreit de Lacharrière rappelle qu’il ne faut pas oublier que ces agences (on en compte 151 dans le monde) travaillent de façon très étroite avec toutes les instances de régulation.  Et depuis deux ans et demi, l’Europe a mis en place toute une série de régulations, qui ont montré leur rôle indispensable dans l’économie.

« Les régulateurs, renchérit Jean-Pierre Jouyet, voient par nature plus le vice que la vertu. On ne peut s’en remettre à l’éthique individuelle. « Quant aux traders, dans les dérives constatées, ils ne sont que des symptômes pas la maladie qui, elle, qui elle tient avant tout au mauvais fonctionnement du marché, avec un manque de transparence. Cela affirme le président de l’AMF, peut être corrigé par des efforts nationaux, européens et internationaux. »  Il rappelle aussi que « plus de la moitié des transactions aujourd’hui sont fait sur des marchés de gré à gré dont sont exclues les PME. C’est là une vraie dérive et cela ne pourra pas continuer comme cela. Quand le marché n’est pas au service des PME et de la collectivité, il est normal que le marché soit contesté.»

Quant à savoir si le capitalisme familial est plus vertueux et plus éthique que le capitalisme financier ?  Pour Pierre Bellon, la réponse est carrément non. « L’enfer est pavé de bonnes intentions, le problème est que nous vivons une crise financière aussi grave que 29 et que les conséquences sociales et économiques sont catastrophiques. Le principe n’est pas de se demander s’il y a de l’éthique mais il faut éviter que cela recommence. Il faut mettre fin à un mythe né il y a 20 ans, celui de la libéralisation des marchés. » Et les responsables ? Pour le président de Sodexo, il y a certains banquiers, les organismes de régulation et les responsables politiques, mais en aucun cas la communauté des entrepreneurs, les citoyens et les épargnants. « A quoi cela est dû, je n’en sais rien, mais dans tous les pays on voit s’accroître les inégalités entre les riches et les pauvres et cela c’est très grave. » Enfin pour Pierre Bellon il faut une régulation efficace : « s’il y a des règles et que les régulateurs ne les font pas respecter, c’est la foire ! » 

Quant à savoir que faire ? Laurent Fabius souhaite que les résolutions prises à Washington et à Londres soient appliquées, et qu’elles soient vérifiées et confirmées à Pittsburgh. Mais reconnaît-il « batailler sur des règles de droits avec la moitié du monde qui s’en fiche, ce n’est pas très facile. » Il est important, ajoute-t-il que « les trous noirs disparaissent et que soient abordées des questions fondamentales comme les questions monétaires. » Autre problème majeur à résoudre, celui de l’endettement, notamment aux Etats-Unis. « Il va falloir que l’Amérique épargne ! ».  « On parle beaucoup de privilèges, souligne l’ancien Premier ministre, et il faut que le MEDEF se pose la question de ce qu’est réellement un privilège. Ethimologiquement, c’est quelque chose qui  doit être lu en privé… il faut certes faire un énorme effort de culture de la transparence en France mais sans pour autant tomber dans une logique de boucs émissaires. Je plaide pour une économie sociale et écologique de marché.

Christine Lagarde elle aussi en est convaincue : « Il n’y a pas d’autre système qui fonctionne convenablement que le capitalisme ». On revient de très loin précise-t-elle et on a déjà fait beaucoup de chemin. Quant aux priorités, pour madame Lagarde ce sont premièrement la rémunération des opérateurs de marché. C’est un point  déterminant de la volonté collective de réformer les comportements individuels. Autre priorité, la gouvernance. « Si le combat sur les normes comptables à l’air obscur, il est pourtant essentiel car il est indispensable d’harmoniser les règles. Il faut cantonner le principe  « fair value = market value » à des segments très spécifiques. Et d’inviter tous les entrepreneurs à s’interroger une seconde sur ce qu’est le capital ? Troisième priorité, la transparence ou plutôt la lumière. « je n’aime pas beaucoup la transparence mais j’ai foi en la lumière pour que l’on puisse comprendre ce qui se passe. Cela permettra d’éradiquer le problème que les deux tiers des transactions se passent aujourd’hui dans des zones d’ombre.

« Il existe aujourd’hui dans nos sociétés et nos entreprises une demande de sens considérable » fait remarquer Philippe Lemoine. Pour lui, « plusieurs crises sont emboitées qui reviennent toutes à une même chose, il y a dans la nature même du capitalisme un énorme risque de démesure. » 3 milliards d’êtres humains ont moins de 2 dollars par jour pour vivre, pour lutter contre cela le président de LaSer propose trois pistes ; « Tout d’abord regarder avec énormément d’attention l’économie solidaire, par exemple tout ce que fait Muhamad Yunus au Bangladesh. Ensuite mettre en place des alliances d’action pour changer le monde entre entreprises, ONG, pouvoirs publics en prenant exemple sur ce que fait l’ex président Bill Clinton. Enfin, renouer avec l’autorité d’intervention et comprendre que la politique ce n’est pas seulement l’histoire mais aussi l’autorité. Tout ceci est nécessaire pour rétablir l’audace. »

Est-ce que nous voyons le bout du tunnel, comme tendraient à le montrer certains indices économiques ?

Pour Christine Lagarde, « deux pays s’en sortent mieux que les autres, l’Allemagne et la France ; Nous ne nous sommes pas trompés en mettant en place un programme de relance fondé sur l’investissement et des milliers d’entreprises vont chaque jour chercher la croissance. Mais prévient la Ministre de l’Economie et des Finances, il ne faut surtout pas retomber dans les travers d’avant la crise. »

En guise de mot de la fin, Michel Pébereau rappelle que » l’économie française c’est  les entreprises et que les banques françaises sont au service des entreprises, de toutes les entreprises. »


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