" Il y a des endroits dans le monde qui ont toujours été très éprouvés par l'histoire. Gdansk et la Pologne sont de ceux-là. Nous avons toujours été placés entre deux grands peuples, les Russes et les Allemands. Deux nations très touristiques, mais aussi guerrières. Cela nous a appris à prévoir. Les personnes âgées se souviennent qu'avant la guerre, nous avons été les premiers à prévenir le monde des dangers qui le menaçaient. Ensuite, à la fin de la guerre, nous avons été les premiers à dire que Staline était en train de préparer un système qui allait envahir la planète. On ne nous a pas écoutés. On nous a dit, et on a dit au monde entier : "petits Polonais, ne sursautez pas, vous n'avez aucune chance de gagner votre liberté." Mais quelques personnes, dont moi, ont au contraire toujours cru que l'on pouvait faire quelque chose. Aujourd'hui, la situation est un peu la même. Nous n'avons plus d'idées pour résoudre les problèmes qui se posent. Nous devenons nous souvenir de nos erreurs et ne pas recommencer.
Quand un Polonais est devenu pape, alors le monde entier a commencé à regarder vers la Pologne. Même les communistes, même la police politique ont réappris à faire le signe de croix. Les communistes ont également commencé à paniquer, se demandant ce qu'allait devenir leur système. Quelque uns se sont alors souvenu que très loin derrière l'Oural, il y avait un leader qui disait que le seul avenir possible pour le communisme était de se réformer. Nous savions, nous que c'était impossible ! Dans cette région du monde d'où je viens les gens savent pressentir ce qui va se passer.
Que disons-nous aujourd'hui. Nous disons qu'aucune génération antérieure n'a eu autant de chance que nous qui avons su faire une Europe unifiée. Mais saurons nous saisir les opportunités tout en sachant nous prémunir des dangers ?
Alors, quel système économique faut-il envisager pour cette Europe unifiée et demain pour le monde entier ? Ne croyez pas que le système actuel survivra à ce siècle, sauf si nous savons le transformer. Aujourd'hui, moins de 10% du monde possède plus de 80% des richesses. Cela ne peut durer, sans quoi les gens vont élire des démagogues et des populistes qui vont distribuer tout ce qui ne leur appartient pas.
Autre question, quelle démocratie et quelles libertés. Dans quel référendum, l4Europe pourra-t-elle gagner contre la Chine ? Nous devons définir ensemble sur quelles bases nous voulons construire notre Europe.
Notre génération doit tout mettre en œuvre pour ne pas tout gâcher, et je crois de tout mon cœur que nous sommes en mesure aujourd'hui de conduire le monde au vrai développement. Mais tant que l'intérêt particulier prédominera, nous aurons des crises. Soit nous accélérons pour trouver les remèdes, soit nous reviendrons au vieux nationalisme.
Cela dit, il serait faux de dire que nous n'avançons pas. Si mon père revenait aujourd'hui à la vie, il ne pourrait pas croire qu'il n'existe désormais plus de frontière entre la Pologne et l'Allemagne ! Il ne faut surtout pas que nous nous mangions entre nous, mais au contraire que nous trouvions des solutions concertées. Si nous ne voyons pas le monde comme un seul grand pays, dans le domaine écologique notamment, si nous ne trouvons pas de solution commune, nous ne nous en sortirons pas. Je voudrais bien être le dernier révolutionnaire ! Enroulez tous vos étendards. Il n'y a pas de sujet trop difficile tant que nous parviendrons à les résoudre ensemble.
Je vois émerger des idées qui pourraient être bonnes demain... Pour le moins, nous devons essayer.
MEDEF(c)