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02 septembre 2009 - « Quand nos enfants auront cent ans », morceaux choisis

« Quand nos enfants auront cent ans », tel était le thème de la plénière d’ouverture de l’Université d’été 2009. Un débat qui rassemblait des personnalités aussi diverses que Michel Godet, Frédéric Oudéa, Jean-Bernard Lévy, Marcel Rufo, Jean-Claude Mailly, Roger Bessis, Jean-Christophe Rufin ou encore Alain Prost.

« Il n’est de richesse que d’homme » rappelle Michel Godet, prospectiviste et professeur au CNAM, et c’est précisément cela qui pose tout le problème du développement durable. « Il ne peut y avoir de développement durable sans enfants » souligne-t-il, fustigeant au passage tous ceux qui « pensent élections plutôt que de penser générations ». Pour lui, le grand problème de l’Europe est ce « suicide démographique », qui risque à terme d’entraîner « la disparition de l’homme blanc occidental ». Autre grand problème de nos sociétés : la solitude. Il est temps pour Michel Godet de « cesser de pleurer la bouche pleine et de se poser les bonnes questions, et notamment celle du lien social ».

Pour l’échographiste Roger Bessis, il est également temps de faire en sorte que « nos enfants, qui vont vivre cent ans, arrivent au monde le mieux préparés possible ». Cela implique de faire de la pédagogie autour des lois de la bioéthique et de comprendre que « la reproduction est une thématique hautement politique », qui peut nous permettre de déterminer quelle société on voudra demain. L’important étant non pas de savoir « quel monde nous voulons pour l’homme, mais au contraire quel homme pour ce monde ».

« On n’a pas d’avenir quand on n’a pas de passé » renchérit le pédopsychiatre Marcel Rufo, citant Fernand Braudel, et nous devons comprendre que la famille a changé. Et de se poser la question de comprendre « pourquoi les ados français sont plus tristes que les autres ? » Par notre faute, accuse-t-il. On a les ados qu’on mérite et il est grand temps de changer notre comportement. L’occasion aussi de rendre hommage aux chefs d’entreprise : « quand un enfant va mal et qu’il rencontre un patron, souligne Marcel Rufo, c’est mieux qu’un psychothérapeute. Car c’est lui offrir une deuxième chance. »

Il est temps de réfléchir au long terme et aux valeurs que nous devons porter, poursuit Jean-Claude Mailly. Prenant en exemple le problème des retraites, le secrétaire général de FO souhaite qu’on se pose la question de savoir « pourquoi aujourd’hui beaucoup de salariés n’attendent qu’une chose, pouvoir partir. S’ils prenaient leur pied dans leur boulot, ils ne demanderaient peut-être qu’à rester ».

Penser long terme, c’est pour Frédéric Oudéa aussi une des leçons majeures à tirer de la crise. Le patron de la Société Générale rappelle quelques chiffres : en 2050, l’Europe comptera 665 millions d’habitants contre 730 millions aujourd’hui. De son côté, la Chine aura 1,4 milliards d’habitants et l’Afrique comptera deux milliards d’hommes. De quoi changer la donne. Dans ces conditions, il est important de se demander dès aujourd’hui comment faire pour que notre vieille Europe reste compétitive, et comment elle va pouvoir exister sur le plan politique dans 50 ans, face aux grands d’alors que seront la Chine, l’Inde, les USA ou le Brésil.

Jean-Bernard Lévy, le Président de Vivendi, évoque quant à lui, trois enjeux majeurs : favoriser le partage des connaissances, promouvoir la diversité culturelle, protéger la jeunesse en bâtissant un univers numérique plus sûr. « Il est temps de regarder tout cela sans dogmatisme, pour ne pas tomber dans le syndrome de l’extension à l’infini des automates et de l’informatique dans sa vie personnelle ».

Interrogé quant à lui sur l’avenir de l’automobile, Alain Prost demande qu’on cesse de fustiger un secteur qui continue d’être parmi ceux qui créent le plus d’emplois. Et de dénoncer « ces luttes d’experts continuelles qui donnent à chaque fois des résultats très différents ». L’avenir de l’automobile est un sujet fort complexe, rappelle l’ancien champion, et il faut avoir le courage de dire qu’ « à court terme, on ne pourra pas n’avoir que des voitures électriques ». Quant à la maîtrise de la vitesse, c’est avant tout affaire d’anticipation…et pour cela, il est important de faire confiance à l’être humain. Mais de déplorer aussi qu’ « aujourd’hui, tout va trop vite. Il faudrait ralentir un peu pour revenir aux basiques ».

Les enjeux de société, c’est également ce qui intéresse le designer Jean-Marie Massaud. Pour lui, la crise doit être « l’opportunité de se remettre en question » et de proposer des produits qui permettent de repenser le lien social, le collectif. Car, il en est persuadé : « l’économie de l’avoir va céder la place à une économie de l’être ». La jeunesse aspire désormais à plus de qualité de vie, et « c’est avec les entreprises, et non avec les politiques, que nous devons construire notre avenir ».

Enfin, Jean-Christophe Rufin, ambassadeur de France au Sénégal, invite les chefs d’entreprise à ne pas oublier que la mondialisation est à deux vitesses et que les enfants envisagent différemment l’avenir selon qu’ils vivent dans l’une ou l’autre partie du monde. Etre enfant à Paris, à Dakar ou à Sao Paulo, ce n’est vraiment pas la même chose !


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