Conférences de presse

retour Retour 17 novembre 2008

Point presse mensuel de novembre 2008

Lors de son point presse mensuel, Laurence Parisot est revenue sur les débats du Conseil Exécutif du 17 novembre qui ont porté sur les enjeux sociaux, les enjeux économiques, les enjeux internationaux et les questions internes au MEDEF.

Nominations au MEDEF

Je commence par les questions internes pour vous dire quelques mots de ce que vous savez déjà, la nomination hier de deux directeurs généraux délégués : Hélène Molinari d’une part, Jean-Charles Simon d’autre part. Ce mouvement est un mouvement extraordinairement important à mes yeux et est un moment important de mon mandat en tant que présidente du MEDEF. En effet, j’ai pu mesurer, au fur et à mesure des années, et peut-être plus particulièrement des mois qui se sont écoulés tout-à-fait récemment, c’est-à-dire des 10 derniers mois, à quel point l’ancienne organisation du MEDEF – pour moi à partir d’aujourd’hui, c’est l’ancienne organisation – avait montré ses limites. Elle avait montré ses limites, et, plus que cela, son inadaptation ou son inadéquation à la multiplicité des enjeux auxquels nous devons faire face, à leur nouveauté parfois totalement radicale, comme la crise que nous connaissons aujourd’hui. Et cette structure qui a prévalu jusqu’à hier, je crois que, d’une certaine façon, avec la concentration entre les mains d’une seule personne au sommet du MEDEF a pénalisé le MEDEF lui-même. Et je crois que l’interne du MEDEF a été jusqu’à présent le parent pauvre de la politique du MEDEF, du travail du MEDEF. Ce que nous avons décidé, ce n’est pas simplement de dédoubler d’une certaine façon la direction générale, ça c’est le premier pas. Mais en réalité, nous avons deux mois de travail devant nous avec en particulier, bien sûr, Hélène et Jean-Charles qui nous rejoindra le 1er décembre, mais avec beaucoup d’autres à l’intérieur du MEDEF, pour modifier profondément le mode de management, pour favoriser la transversalité, pour encourager l’innovation, et pour trouver une meilleure complémentarité entre la dimension politique au sens noble du terme, si vous me le permettez, de notre travail et la dimension entrepreneuriale que nous devons avoir parce que nous sommes les représentants de l’entreprise, parce que nous sommes les porte-paroles de l’entreprise.
Et d’ailleurs, j’en profite pour dire à tout le monde à quel point « j’aime ma boîte » et je salue et adresse tous mes vœux à toutes les entreprises de France puisque nous sommes dans la semaine de la fête de l’entreprise.
Voilà pour cette décision importante qui aboutira à des modifications dans les deux mois qui viennent sur l’organisation interne de notre mouvement. Ces modifications d’ailleurs seront largement conçues de manière à rendre plus opérationnel et à rendre plus présent dans notre quotidien le plan « Ambition 2010 » qui est, je vous le rappelle, un plan qui a pour vocation de changer certains paramètres essentiels de la représentation patronale.
Voilà pour les questions internes et pour conclure sur cela, je dirais que la particulièrement bonne nouvelle dans ces deux nominations, c’est même pour moi quelque chose d’assez joyeux, c’est de voir personnes, jeunes, très modernes parce qu’elles ont la biculture entrepreneuriale et organisation patronale, deux personnes qui ont une capacité à inventer, à sortir des sentiers battus et à ne pas se laisser enfermer dans les formes de pensées uniques qui, parfois, nous rattrapent malgré nous. Voilà, ça c’est la super bonne nouvelle. Et on en reparlera au fur et à mesure des modifications pour tous les « médéfologues » très intéressés par le sujet.

Situation économique

Au-delà de cela, nous avons, bien sûr, consacré un large temps de notre Conseil à la situation économique, à la conjoncture économique, aux conséquences pour les entreprises. Et je voudrai rentrer un peu dans le détail de cet examen de la situation économique. Nous avons sélectionné un certain nombre de tableaux qui ont été débattus hier en Conseil. C’est tout-à-fait utile et intéressant de les avoir quand on réfléchit à ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui.

Sur la situation économique, évidement, nous avons tous poussé un « ouf » de soulagement à l’annonce du chiffre provisoire de croissance sur le 3ème trimestre publié par l’Insee. « Ouf », le chiffre est positif, légèrement, mais il est positif. « Ouf », mais soyons lucides, réalistes. Quand on regarde un certain nombre de données derrière cette moyenne globale, la situation est objectivement très préoccupante.
- Tout d’abord, si vous regardez le seul secteur industriel, là nous sommes en récession : sur 12 mois, le secteur industriel est à -2,7.
- Deuxièmement, l’emploi salarié baisse. Il avait déjà baissé au 2ème trimestre de – 27 800 emplois, il a à nouveau baissé au 3ème trimestre, - 10 800. Deuxième très mauvais signe.
- Troisièmement l’activité chute dans un certain nombre de secteurs, et ce d’une manière dramatique. C’est vrai par exemple pour la construction, c’est vrai, bien sûr pour toute la filière automobile, mais d’autres secteurs sont très touchés, je pense par exemple à l’intérim.
- Quatrièmement, le déficit commercial de notre pays atteint des chiffres vertigineux. Dans les graphiques que nous vous avons remis, vous avez la courbe tout-à-fait spectaculaire des parts de marché à l’exportation de la France depuis le début des années 1990. Vous voyez un effondrement, il n’y a même pas de palier, c’est continu, et il y a même une accélération tout récente. J’y reviendrais, c’est un problème structurel, ce n’est pas un problème conjoncturel. Même si, bien sûr, la conjoncture n’arrange pas les choses. Mais une telle courbe montre la dimension structurelle du problème.
- Et puis, je peux multiplier ainsi les mauvais signes malheureusement, je peux vous parler de la chute de la consommation, du volume des ventes de détails qui ralentit très nettement.

Au total, comment peut-on évaluer la conséquence au quotidien, en pratique pour les entreprises ? Pour évaluer cela, on peut à la fois regarder les courbes globales, et puis entendre les témoignages. Certains témoignages sont poignants et, n’oubliez pas que, autour de la table du Conseil, beaucoup sont des chefs d’entreprise en activité. Et ceux-là n’hésitent pas à exprimer leur angoisse.

Et puis, nous avons des chiffres. Je vous propose de regarder l’évolution du résultat d’exploitation des entreprises de services. Je présente la courbe des entreprises de services, nous n’avons pas encore celle des entreprises industrielles. Mais vous voyez rapidement la chute incroyable au dernier trimestre du résultat d’exploitation des entreprises de services. Incroyable, regardez-le de près : une droite qui tombe à pic.

Nous avons bien sûr de nombreux autres indicateurs qui témoignent de ces difficultés, et évidemment les indicateurs de trésorerie ou bien les indicateurs de délais de paiement, à entendre, compte tenu de la mise en œuvre, dans quelques semaines, de la nouvelle loi sur les délais de paiement. Mais tous les chiffres, notamment ceux de la Banque de France, montrent un allongement considérable, je dis bien un allongement considérable, des délais de paiement. Donc, chacun tire le plus possible sur la corde de la trésorerie.

Et on comprend pourquoi puisque la situation de trésorerie des entreprises elle aussi se dégrade d’une manière spectaculaire. Elle avait commencé à se dégrader au printemps 2008. Même dès le début de l’année 2008, les choses ont été un peu plus compliquées. Mais à partir du printemps 2008, c’est tout-à-fait significatif, et évidemment, à partir de septembre, là aussi, c’est une droite qui tombe à pic. Ceci est réalisé à partir d’une enquête auprès des trésoriers d’entreprises. Cela veut dire que l’enquête est faite auprès des grandes et moyennes-grosses entreprises. Donc, si vous voyez une dégradation des trésoreries sur les plus grandes de nos entreprises de cette nature-là, je vous laisse imaginer ce qui se passe sur les plus petites entreprises pour lesquelles nous ne disposons pas de données comparables. Tout montre que le durcissement du crédit est manifeste, est objectif.

D’ailleurs, la dernière enquête trimestrielle de la BCE le confirme – enquête faite par la BCE elle-même auprès des banques – et on sait très bien les raisons qui expliquent ce durcissement du crédit : c’est d’abord lié à la difficulté des établissements de crédits eux-mêmes à accéder aux financements du marché. Et hier, en Conseil exécutif, tous les représentants des secteurs des établissements de crédit attiraient l’attention de nous tous sur le fait que, certes, il y avait une amélioration, un assouplissement, une détente selon les termes consacrés, sur le refinancement au jour le jour, oui, mais sur des échéances hebdomadaires ou mensuelles, c’est encore très compliqué. Bien sûr, on peut parler aussi de la fragilisation des positions de liquidités d’une manière générale, mais ce qui joue également, et ça c’est très important sur les durcissements du crédit, ce sont les anticipations des banquiers eux-mêmes sur la situation économique. Et c’est là que nous rentrons dans un système de cercle vicieux, extraordinairement difficile à casser, même si j’y reviendrai parce que je pense que tout est fait justement pour casser ce cercle vicieux. Mais sachez que dans les comportements et les décisions des banques aujourd’hui, il y a cette dimension d’anticipation économique pessimiste qui explique la situation.

Alors, sur la question du crédit, les banques et les statistiques officielles de la Banque de France

Et puis, nous avons des chiffres. Je vous propose de regarder l’évolution du résultat d’exploitation des entreprises de services. Je présente la courbe des entreprises de services, nous n’avons pas encore celle des entreprises industrielles. Mais vous voyez rapidement la chute incroyable au dernier trimestre du résultat d’exploitation des entreprises de services. Incroyable, regardez-le de près : une droite qui tombe à pic.

Nous avons bien sûr de nombreux autres indicateurs qui témoignent de ces difficultés, et évidemment les indicateurs de trésorerie ou bien les indicateurs de délais de paiement, à entendre, compte tenu de la mise en œuvre, dans quelques semaines, de la nouvelle loi sur les délais de paiement. Mais tous les chiffres, notamment ceux de la Banque de France, montrent un allongement considérable, je dis bien un allongement considérable, des délais de paiement. Donc, chacun tire le plus possible sur la corde de la trésorerie.

Et on comprend pourquoi puisque la situation de trésorerie des entreprises elle aussi se dégrade d’une manière spectaculaire. Elle avait commencé à se dégrader au printemps 2008. Même dès le début de l’année 2008, les choses ont été un peu plus compliquées. Mais à partir du printemps 2008, c’est tout-à-fait significatif, et évidemment, à partir de septembre, là aussi, c’est une droite qui tombe à pic. Ceci est réalisé à partir d’une enquête auprès des trésoriers d’entreprises. Cela veut dire que l’enquête est faite auprès des grandes et moyennes-grosses entreprises. Donc, si vous voyez une dégradation des trésoreries sur les plus grandes de nos entreprises de cette nature-là, je vous laisse imaginer ce qui se passe sur les plus petites entreprises pour lesquelles nous ne disposons pas de données comparables. Tout montre que le durcissement du crédit est manifeste, est objectif.

D’ailleurs, la dernière enquête trimestrielle de la BCE le confirme – enquête faite par la BCE elle-même auprès des banques – et on sait très bien les raisons qui expliquent ce durcissement du crédit : c’est d’abord lié à la difficulté des établissements de crédits eux-mêmes à accéder aux financements du marché. Et hier, en Conseil exécutif, tous les représentants des secteurs des établissements de crédit attiraient l’attention de nous tous sur le fait que, certes, il y avait une amélioration, un assouplissement, une détente selon les termes consacrés, sur le refinancement au jour le jour, oui, mais sur des échéances hebdomadaires ou mensuelles, c’est encore très compliqué. Bien sûr, on peut parler aussi de la fragilisation des positions de liquidités d’une manière générale, mais ce qui joue également, et ça c’est très important sur les durcissements du crédit, ce sont les anticipations des banquiers eux-mêmes sur la situation économique. Et c’est là que nous rentrons dans un système de cercle vicieux, extraordinairement difficile à casser, même si j’y reviendrai parce que je pense que tout est fait justement pour casser ce cercle vicieux. Mais sachez que dans les comportements et les décisions des banques aujourd’hui, il y a cette dimension d’anticipation économique pessimiste qui explique la situation.

Alors, sur la question du crédit, les banques et les statistiques officielles de la Banque de France notamment, disent : le volume des encours de crédits accordés aux entreprises a augmenté. C’est vrai, c’est incontestable. De septembre 2007 à septembre 2008 : + 12 % d’augmentation du volume des crédits accordés aux entreprises. Evidement, à l’époque, conférence de presse de février 2008, ensemble, on ne s’intéressait pas beaucoup à cet indicateur du volume de crédits accordés par les banques aux entreprises

entreprises. Si jamais on s’y était intéressé, vous et moi, je vous aurais dit en début d’année 2008, en janvier-février, que l’augmentation du volume des crédits accordés par les institutions financières, les banques, aux entreprises, avait été de 18 %. Donc, qu’est-ce que nous sommes en train de constater ? Une décélération du volume de crédits accordés. C’est-à-dire qu’il y a toujours une progression, mais cette progression est bien moins forte que ce qu’on a connu ces dernières années, avec un taux de crédit bas qui a permis, pour beaucoup, d’investir, de développer des projets, de faire des acquisitions, des fusions de toutes sortes. Donc, aujourd’hui, c’est le point important, on peut dire qu’il y a une décélération de 50 % des encours de crédits accordés aux entreprises en 9 mois. Ceci pèse considérablement sur les investissements.

Pourquoi, et je reviens à ce que j’ai dit au tout début, j’ai dit « ouf », nous avons tous dit « ouf » sur le petit dixième de point de croissance que nous avons enregistré qui, je vous le rappelle, s’explique principalement par le maintien de l’investissement. Or, nous avons, malheureusement, de bonnes raisons de craindre qu’il va y avoir un retournement dans l’investissement des entreprises qui pourrait être tout-à-fait majeur. Les prévisions laissent entendre que, d’abord, le ralentissement de l’investissement a commencé là aussi dès le printemps, et que l’on pourrait se retrouver à des niveaux d’investissements équivalents à celui du début des années 90. Or, avoir ainsi un niveau d’investissement proche de celui des années 90, compte tenu de la hausse des prix, cela veut dire que nous allons avoir probablement un recul en volume de l’investissement. Ca, c’est absolument fondamental pour poser le bon diagnostic pour, éventuellement, préparer les bonnes solutions et les bons remèdes. Et voyez-vous, et c’est un autre graphique que j’ai mis à votre disposition, on voit l’évolution de l’investissement en France des entreprises depuis le début des années 90, je vous disais que nous avons la crainte de nous retrouver à un niveau proche du début des années 90,  c’était un niveau assez bas par rapport au niveau actuel. Mais qu’est-ce que veut dire aussi ce niveau ? Que nous sommes aujourd’hui à une pointe en termes d’investissements. Or l’expérience montre qu’à partir du moment où il y a des restrictions sur le crédit, c’est d’abord priorité donnée au désendettement, et nous savons qu’il faut au moins consacrer 2 à 3 ans au désendettement avant de pouvoir espérer voir l’investissement repartir. Au total, nous disons que, encore une fois, il y a des témoignages de chefs d’entreprise qui, vraiment serrent la gorge et tordent les tripes, il y a des graphiques qui donnent  le vertige.

Il y en a un en particulier, c’est l’avant-dernier de ceux que je voulais vous montrer ce matin, qui est assez inédit, qui est très rarement, l’indicateur est très rarement montré, mis en avant. Qu’est-ce que dit ce graphique ? Il nous parle de la part du résultat d’exploitation des entreprises françaises industrielles dans l’ensemble du résultat d’exploitation des entreprises industrielles européennes. Regardez la part de ce résultat d’exploitation : elle s’effondre entre la fin des années 90 et aujourd’hui 2008.

Voilà la démonstration de l’affaiblissement de la compétitivité des entreprises françaises. Quand nous sommes dans une crise majeure comme la crise d’aujourd’hui, ce sont forcément les plus faibles, que ce soit au niveau des pays, que ce soit au niveau des personnes, ou que ce soit au niveau des entreprises qui sont les plus fragilisés. Nos entreprises sont les plus en danger dans la crise actuelle. Cela veut dire qu’il ne faut pas renoncer aux réformes structurelles qui pourront nous redonner une capacité de compétition qui nous manque aujourd’hui. Mais, évidemment, cela ne suffit pas.

Alors, face à la situation actuelle, nous pensons qu’il y a deux types d’actions à mener.

La première consiste à dire : oui, la situation est sérieuse, soyons encore une fois réalistes et lucides, mais attention à ne pas orchestrer nous-mêmes la catastrophe. Evidemment, plus on va dire que l’on va dans le mur, plus on va entraîner chaque acteur, chaque décideur économique, là à arrêter définitivement tout investissement, là à réduire ses effectifs, là à mettre dans le tiroir ses projets, ses brevets et ses inventions. Je pense qu’il faut tout faire pour éviter cela. Je pense que quand les chefs d’Etat se réunissent comme ils l’ont fait le week-end dernier à Washington dans un cadre élargi, le G20, pour prendre des positions communes très claires, sans ambiguïté, j’ai fait l’exercice de lire à la fois les communiqués complets français et anglais, et que ce soit dans une certaine expression ou un certain wording, les choses sont, vraiment, je trouve tout-à-fait claires : il y a des lignes directrices, il y a du travail à faire, il y a des domaines bien identifiés. Ca, c’est la bonne réaction, comme je vous le disais, ne pas orchestrer la catastrophe et dire qu’il y a une possibilité de sortie. J’insiste sur ce point parce que je suis frappée par l’analogie qui est faite bien souvent avec 1929. C’est pour moi tout-à-fait étrange de comparer la situation actuelle à 1929. Le monde n’a rien à voir avec 1929. C’est un monde tellement nouveau, tellement différent que l’on a du mal à croire qu’il puisse y avoir des points communs avec 1929. Et quand je vous dis cela, ce n’est pas pour minorer la crise, c’est pour dire que la crise est différente, que la crise est inédite, que les solutions que nous trouveront à la crise seront forcément différentes de celle qui a été imaginée en 1929.

Et puis, il y a une deuxième raison pour laquelle je dis cela. Je voudrais que vous regardiez le dernier graphique – pardon peut-être pour la longueur de ce point de conjoncture, mais c’est proportionnel au temps que nous y avons consacré hier. C’est un graphique qui nous a été remis par la Coface et qui permet de relativiser la crise d’une certaine façon. Si vous regardez ce graphique, il y a une courbe qui est très intéressante, c’est la courbe bleue des incidents de paiements qu’enregistre cet assureur crédit, dont le métier est d’assurer les incidents de paiement. Vous voyez que la courbe aujourd’hui est certes à un niveau haut si on regarde sur longue période, par rapport à 1970, mais ce n’est pas en tout cas pour le moment, touchons du bois, ce n’est pas le plus haut des incidents de paiement qui a pu être enregistré : vous pouvez constater que le 2ème choc pétrolier, 1982, le premier choc pétrolier a fortiori, 1975, ou encore la période très dure – personnellement, en tant que chef d’entreprise je m’en souviens comme quelque chose de très douloureux – de 1992-1993, nous avions une situation plus inquiétante, plus perturbante encore que celle que nous enregistrons aujourd’hui. Et en plus, avec des moments où la croissance mondiale était encore plus faible que la croissance mondiale d’aujourd’hui. Car certes les Etats-Unis sont en quasi récession, mais le monde n’est pas en récession. Je ne veux pas dire par là – personne d’entre nous ne le croit – que les pays émergents vont être euphoriques, loin de là, mais le monde n’est pas en récession et pour le moment rien ne laisse penser qu’il rentrera en récession en 2009. Voilà pourquoi je pense qu’il ne faut pas orchestrer la catastrophe, pourquoi il ne faut pas faire l’analogie avec 1929. Ca, c’est la première chose qu’il faut faire, c’est montrer à quel point il faut être au boulot, avoir des idées et se coordonner. La deuxième chose, justement, c’est se coordonner pour quelle politique économique. Alors, là, je voudrais vous annoncer que dans les 15 jours, j’organiserai une conférence de presse exceptionnelle avec toute l’équipe économique du MEDEF et nous formulerons nos recommandations, nos préconisations en matière de politique budgétaire et de politique européenne pour participer à la relance de nos économies, comme il a été d’ailleurs envisagé par les chefs d’Etat du G20.

Je termine en vous disant la chose suivante sur la question économique : quand j’explique qu’il ne faut pas orchestrer la catastrophe, il faut notamment essayer de résoudre tous les problèmes.

C’est bien dans cet esprit que nous avons créée la cellule de soutien TPE/PME qu’anime Stéphan Brousse qui est au premier rang, avec d’autres élus du MEDEF, Hugues-Arnaud Mayer en particulier et d’autres encore. Qu’est-ce que c’est la cellule de soutien TPE/PME ? C’est, au niveau local, et nous aujourd’hui 50 cellules, il y en a d’autres qui sont en train de se créer, organiser un groupe de chefs d’entreprise opérationnel, pratique, ouvert, je veux dire par là qu’il ne s’agit pas d’un groupe qui doit exclusivement être MEDEF, cela peut être un groupe qui est composé de représentants d’autres organisations, du CJD, de CroissancePlus, des Chambres de Commerce, ce n’est pas un enjeu d’étiquette partisane. Ce groupe-là doit être un lieu d’accès, de rencontre pour tous les chefs d’entreprise qui sont en difficulté et qui ne savent pas comment faire. Je voudrais vous expliquer quelque chose qui est très important : vous êtes un patron, un chef d’entreprise de taille modeste dans un département, vous avez un vrai problème de trésorerie ou un vrai problème parce qu’un de vos clients ne vous paye pas. Ceci vous met en danger, en danger vital parfois. Est-ce que vous pensez que, dans ce cas-là, on va sérieusement à la réunion officielle, présidée par le préfet, avec le TPG, avec élus locaux, notamment régionaux qui sont en général très présents, pour dire publiquement : je suis en difficulté ? C’est quasi mission impossible. Car si vous rendez cela ainsi public dans ces réunions –  je ne sais pas si certains d’entre vous ont déjà assisté à ces réunions mais en moyenne, il y a 50 à 60 personnes – cela veut dire que votre concurrent va le savoir, que vos clients vont le savoir, que vos fournisseurs vont le savoir, cela veut dire que vous vous fragilisez encore plus. Quel est l’intérêt de nos cellules de soutien, et notamment à partir du moment où elles sont ouvertes à tout le monde ? C’est de pouvoir, pour ce même chef d’entreprise, rentrer en contact avec celui qu’il connait déjà, avec celui qu’il a déjà rencontré, avec celui à qui il peut faire confiance et qui va disposer de toutes les informations pour lui dire : compte tenu de ta situation, il faut que tu ailles voir le médiateur du crédit, voilà comment on prépare un dossier pour le médiateur du crédit ou, au contraire, compte tenu de ta situation, tu peux appeler directement Oséo, voilà comment tu peux entrer en contact avec Oséo, ou, au contraire, compte tenu de ta situation, peut-être tu devrais envisager de demander au Tribunal de Commerce d’être mis sous mandat ad hoc, etc.
L’objectif des cellules de soutien, c’est d’être un lieu de rencontres et un lieu de facilitation.

C’est dans cet esprit que j’ai rencontré comme vous le savez René Ricol la semaine dernière, qui était très demandeur de cet apport que nous pouvons lui faire. Je terminerais là-dessus en vous disant que je trouve que l’on a assez peu parlé de quelque chose qui est très important et que nous, nous allons faire savoir dans nos territoires, auprès de tous nos chefs d’entreprise et de toutes les branches professionnelles, à savoir que le médiateur du crédit René Ricol a obtenu un engagement très fort de la Fédération bancaire française. Cet engagement, je voudrais que chaque chef d’entreprise de France le connaisse, qu’il soit patron de TPE, patron de très grande entreprise. Parce que cet engagement dit que les banques ont décidé de continuer à accompagner avec fidélité leurs entreprises clientes dans leurs activités sans réduction de l’enveloppe globale d’encours. Et également, sans augmentation des garanties personnelles. Eh bien, que chaque chef d’entreprise qui se sent en difficulté aujourd’hui cet engagement que la Fédération bancaire française, au nom de toutes les banques françaises a pris à l’égard de tous.

Dernière chose sur cette question, vous le savez, j’ai été la première à signaler à mes yeux le caractère extraordinairement important, et je dirais primordial du sujet, c’est la question de l’assurance-crédit. J’ai été la première à dire à la deuxième réunion « banques » organisée autour de Nicolas Sarkozy à l’Elysée en présence du Premier ministre et de Christine Lagarde, j’ai dit : avant de voir les problèmes qui peuvent surgir avec les banques, il y a un problème majeur avec l’assureur crédit. Depuis que ceci a été dit, les choses n’ont pas beaucoup évolué. Certes, Bercy y travaille, les assureurs-crédits sont très coopératifs et hier soir encore, dans mon bureau, je discutais avec le directeur général de la Coface qui m’exposait les deux solutions possibles. A ce stade, nous avons besoin de l’intervention de la ministre de l’Economie et des Finances. Moi, je demande officiellement à Christine Lagarde d’organiser une rencontre avec les entreprises d’assurance-crédit françaises et les représentants des entreprises françaises le plus vite possible pour déterminer les meilleures modalités à mettre en œuvre pour soutenir l’assurance-crédit afin que celle-ci ne durcisse pas encore plus que ce qu’elles sont déjà obligées de faire aujourd’hui leurs conditions à l’égard des entreprises. Mais d’ores et déjà, je peux vous dire que le directeur général de la Coface m’a annoncé hier qu’il s’engageait, conformément à ce que je lui demandais à ce que, désormais, il y ait une motivation à tout changement de notation qui affecterait l’entreprise. Et que cette motivation serait connue de l’entreprise. Ce qui est un pas tout-à-fait important dans le fonctionnement des assureurs-crédit.

Négociations en cours

GPEC
Je voudrais attirer votre attention sur le fait que moi, j’ai beaucoup entendu ces dernières semaines que le dialogue social, la négociation sociale, peut-être que c’était un peu fini, que finalement, la négociation sociale était vouée à l’échec ou bien qu’elle allait s’arrêter ou bien encore qu’elle allait être mise sous contrôle. Alors, je tiens à vous signaler que ce n’est pas du tout ce qui se passe et que, vendredi, nous avons eu une bonne séance conclusive sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. J’ai bon espoir que, dans quelques semaines, au moins trois syndicats nous confirmeront leur accord sur ce dispositif. En deux mots, ce qui est important, c’est que cette négociation est d’abord la suite de l’accord de modernisation du marché du travail de janvier 2008. Donc, quand on fait quelque chose, on le suit, on avance. Deuxièmement, c’est une négociation qui aboutit à la mise en place de dispositifs opérationnels, pratiques, avec notamment un bilan d’étape professionnel. C’est un bilan qui sera accessible au salarié tous les cinq ans, à partir du moment où il en fait la demande, mais l’employeur est tenu de lui dire et de lui expliquer les modalités de ce bilan, chaque année, donc il y a une obligation d’information. Et bien sûr, si le salarié, compte tenu de cette information dit : ça m’intéresse, je veux faire un bilan d’étape professionnel, l’employeur est tenu d’accepter. Donc, ça c’est un dispositif opérationnel très intéressant et très important. La deuxième chose, c’est qu’on a vraiment conçue toute la gestion prévisionnelle des emplois et compétences avec une matrice croisée, branches professionnelles/territoires. Là, c’est vraiment un pas en avant parce que, trop souvent, on travaille d’une manière cloisonnée, un peu par silo, et là, cette approche croisée, je crois, est tout-à-fait pertinente et utile, ça se fera par le biais notamment des Copire.

Formation professionnelle
Deuxième sujet sur la question sociale, nous avons fait un point sur la négociation formation. Je tiens à vous dire qu’on avance, probablement que je serai amenée à vous en reparler de manière plus détaillée la prochaine fois. Et le principe qui a été vraiment fixé comme ligne directrice au chef de file de la négociation, Jean-François Pilliard est très clair : faire mieux à un moindre coût. Nous voulons absolument démontrer que ce n’est pas parce que quelque chose coûte cher que c’est bien. Et nous pensons qu’il y a de l’optimisation à faire en matière de formation professionnelle pour améliorer la qualité, tant pour les salariés que pour les entreprises.

Elections prud’homales

Je termine sur le social en vous faisant part d’un étonnement qui mérite peut-être quelques explications mais que je n’ai pas. Nous avons découvert hier par une dépêche AFP que le gouvernement avait consacré pour la campagne pour les élections prud’homales un budget de 5 millions d’euros pour l’ensemble des partenaires sociaux, organisations syndicales, organisations patronales. 5 millions d’euros, selon les informations de l’AFP. Sachant que nous avons reçu, nous les employeurs, je dis bien tous les employeurs, ceux qui sont regroupés au sein du Clide, donc que ce soient les employeurs de la FNSEA par exemple, jusqu’aux employeurs du MEDEF, en passant par les professions libérales, nous avons reçu 650 000 euros. Donc, je déduis, si je ne me suis pas trompée dans ma soustraction, 5 millions d’euros moins 650 000 : 4 350 000 euros pour les organisations syndicales ? Là, je me pose la question en termes d’équité, en termes de justice. Il y a un strict principe de parité dans les prud’hommes, parité employeurs-salariés. Ces élections sont aussi importantes pour nous que les organisations syndicales. Certes, nous, nous ne sommes pas dans une rivalité, une compétition pour mesurer les forces des uns et des autres, mais nous voulons, et nous avons tout fait pour encourager une forte participation des employeurs, nous avons tout fait pour susciter de nouvelles candidatures, un renouvellement des représentations employeurs au sein des prud’hommes, donc c’est quelque chose qui est tout-à-fait important également et je m’interroge sur la disproportion des budgets alloués aux différents partenaires concernés. Mais peut-être qu’il y a quelque chose que j’ignore et que vous m’apprendrez plus tard.

Franchissements de seuils

Je termine sur un dossier très important, qui n’est pas social et qui concerne les opérations sur le marché coté français. Alors là, ce que je vais vous dire est très important. L’AMF a constitué un groupe de travail sur la problématique des franchissements de seuils. Et ce groupe de travail avait initialement d’abord pour vocation d’abord de préparer la transposition d’une directive européenne sur la transparence des informations qu’il convient de donner aux autorités de marché en cas de passage d’un seuil à un autre. Jusque là, sur le principe, rien à dire. Sauf que ce groupe de travail a été constitué de la manière la plus discrète possible. Et ce groupe de travail ensuite a mené ces travaux d’une manière encore plus discrète. Et ce groupe de travail a conclu ses travaux début novembre et a demandé d’une manière tout aussi discrète, très vite, aux organisations concernées, à l’Afep, au MEDEF, de se prononcer sur ces travaux pour le 14 novembre au plus tard. Sachant que nous avons reçu le document final le 10 novembre. Quatre jours pour étudier un document complexe, copieux et à propos duquel nous ne disposions, dans les semaines qui ont précédé, d’aucune information. Donc quelques jours pour découvrir des propositions dont certaines sont franchement scandaleuses.
Alors, l’une d’entre elles, la plus scandaleuse d’entre elles, consiste à dire qu’il conviendrait de bloquer les droits de vote à 25 %. Comprenez ce que cela veut dire : vous détenez 50 % des actions de l’entreprises, vous détenez 75 % des actions de l’entreprise, ah non, quoi qu’il arrive, on bloque les droits de vote à 25 %. C’est tout simplement de l’expropriation. Donc, je tiens à faire savoir d’emblée qu’il n’est pas question d’accepter une telle approche proposée par l’AMF. Maintenant, je voudrais vous donner d’autres précisions qui résument notre position et que nous allons transmettre à Christine Lagarde dans les jours qui viennent. Il y avait un certain nombre de sujets plus ou moins techniques qui étaient également abordés. Tous les sujets qui concernent la transparence et l’extension de la formation en cas de franchissement de seuils, grosso modo, nous y adhérons totalement. Il y a peut-être des nuances, mais c’est vraiment de l’ordre du technique. En revanche, il y a un autre sujet qui consiste à se demander à partir de quel niveau on doit déclencher une OPA, à partir de quel niveau de seuil. Sachez qu’en France, aujourd’hui, le niveau est de 33 1/3. C’est parce que vous arrivez à 33 1/3 que vous avez l’obligation de déclencher l’OPA. Pour que vous ayez un benchmark, il faut comprendre qu’aux Etats-Unis, il n’y a pas de seuil et par ailleurs, il faut comprendre que dans la plupart des pays de l’Union européenne, le seuil est à 30 %. Nous, notre recommandation et notre demande au gouvernement est de maintenir le seuil de 33 1/3 tout simplement parce que c’est cohérent avec le droit des sociétés par ailleurs puisque c’est à 33 1/3 aussi que vous avez le blocage de la minorité. Donc, autant maintenir une logique dans le système. Et puis, par ailleurs, et ça c’est le point fondamental, alors que nous sommes aujourd’hui en situation de fragilité parce que la valeur boursière des actifs des entreprises françaises cotées est à un niveau particulièrement bas, est ce que nous voulons nous affaiblir plus encore en facilitant les OPA et notamment les OPA hostiles qui peuvent venir de très loin ? Je trouve qu’il y a là une très très grande une maladresse et je pense que si l’on veut défendre notre capitalisme, en particulier notre capitalisme entrepreneurial familial, ne touchons pas à ce seuil de 33 1/3. C’était la position unanime du Conseil exécutif hier.

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