Conférences de presse

retour Retour 24 mars 2011
Point presse mensuel

Point presse mensuel de mars 2011

Bonjour à tous

Je crois que ce matin, comme chaque matin depuis quelques jours, chacun de nous est en pensée avec le Japon, les Japonais et nos compatriotes expatriés au Japon.

Toute la communauté internationale s’émeut de la situation. Je crois qu’il faut dire que le Japon est un pays avec lequel nous avons beaucoup d’affinités, beaucoup d’échanges depuis longtemps, tant sur le plan culturel qu’intellectuel et évidemment économique. Beaucoup d’échanges qui, souvent, se sont fondés sur une admiration toute particulière que la France a portée et porte peut-être aujourd’hui plus que jamais au Japon. C’est une civilisation qui nous a toujours fascinés. Aujourd’hui, nous sommes remplis d’admiration pour la solidité, la solidarité, le sang-froid dont font preuve les Japonais aujourd’hui. Et je voudrais dire très officiellement par votre intermédiaire à quel point nous sommes étreints d’angoisse et à quel point nous voulons dire toute notre sympathie pour le Japon et les Japonais. Et nous sommes aussi tout-à-fait fiers de voir que des Français sont partis récemment, très courageusement, pour tenter de venir en aide, notamment dans le Nord-Est du Japon.

Evidemment, nous considérons que le débat qui s’est installé depuis quelques jours sur le nucléaire, sur l’énergie nucléaire est tout-à-fait fondé, légitime. Il est évident qu’il ne peut y avoir que des leçons à tirer d’une telle catastrophe. Depuis 48 heures notamment, certains ont suggéré que ce débat aille jusqu’à une logique de référendum, je voudrais dire ce matin que nous considérons que ce n’est pas par voie référendaire que l’on peut développer et installer sereinement et sérieusement un tel débat. Et puisque nous sommes à la veille d’une élection majeure, que nous sommes d’ores et déjà en pré-campagne électorale, pour ne pas dire quasi en campagne électorale, eh bien il nous semblerait tout-à-fait normal que le débat s’installe dans ce cadre-là et que la position sur les questions nucléaire soit clairement exprimée par chaque candidat à l’élection présidentielle. Pour notre part, sachez que nous avons décidé hier une réunion en urgence cette semaine de notre Comité Energie présidé par Jean-Louis Schilansky, associé au bureau de la Commission Développement durable présidé par Jean-Pierre Clamadieu et nous demandons à cette instance de passer en revue tous les enjeux liés à cette question, que ce soit les enjeux de sécurité ou les enjeux de politique énergétique. Nous pensons qu’il serait souhaitable également que cette question soit posée au niveau européen et bien sûr, nous approuvons tout-à-fait la démarche du Président de la République d’installer aussi ce débat au niveau du G20.

Voilà ce que je voulais vous dire ce matin sur les graves et tragiques événements du Japon.

Je vais par ailleurs vous parler de points importants d’actualité économique et sociale, mais évidemment d’importance relative par rapport à ce que nous ressentons et nous observons sur la situation japonaise.

Revenons par conséquent à la situation française et je voudrais attirer votre attention sur deux négociations actuellement en cours entre les organisations patronales et les organisations syndicales. Je pense à la négociation sur les retraites complémentaires et les régimes Agirc Arrco et la négociation sur l’assurance chômage.

Nous sommes dans la phase, je l’espère, conclusive de ces deux négociations mais il me semble tout-à-fait important de vous dire de manière la plus claire possible nos objectifs et nos préconisations et nos recommandations sur ces deux négociations. Je dis bien recommandations parce qu’il ne s’agit pas pour nous, à l’occasion de ces deux négociations seulement d’obtenir quelque chose de particulier, ou bien de signer un accord quoi qu’il arrive pour le beau geste d’avoir des accords signés entre partenaires sociaux. Il s’agit plus profondément, pour nous, de faire comprendre, au-delà des organisations syndicales, à l’ensemble du public français qu’il est temps, sur les enjeux économiques et sociaux, de changer de paradigme. Changer de paradigme, cela veut dire qu’il faut regarder l’ensemble du modèle différemment. Je m’explique : il y a beaucoup de chiffres qui ont circulé ces derniers temps sur le coût du travail, sur le partage de la valeur ajoutée, sur les profits des entreprises. Revenons aux données incontestables, officielles, publiques, issues d’institutions dont chacun peut reconnaître le sérieux et l’impartialité. Tout d’abord, sur le coût du travail. L’Insee a estimé qu’elle avait fait une erreur de calcul, je dirais que ce sont des choses qui peuvent arriver, mais ce qui compte à nos yeux, ce sont les conclusions corrigées de l’Insee sur le coût du travail. Ces conclusions disent, sans aucun doute cette fois-ci, que le coût du travail en France est supérieur au coût du travail en Allemagne : 33,4 euros de coût horaire de la main d’œuvre en 2010 en France contre 30,2 euros en Allemagne en 2010. En gros, + 10 % d’écart ; + 10 % dans un sens que l’on peut considérer comme ennuyeux pour la compétitivité de la France. Et surtout, surtout, que l’Insee dit également qu’en 2000, le coût du travail en France était inférieur au coût du travail en Allemagne de 8 %. Donc, en 2000, nous avons - 8, aujourd’hui, nous avons + 10. Et au fond, ce qui compte, c’est cette évolution. Donc, nous avons une dégradation de la compétitivité par le coût du travail, source Insee.

Je vais aller chercher une autre source si vous me le permettez, le rapport de la Cour des Comptes sur la comparaison France-Allemagne. La Cour des Comptes dit, je cite, on doit retenir que la progression des coûts salariaux unitaires de l’industrie française a été supérieure de 10 points à celle de l’industrie allemande sur la période 2000-2008. Ce qui a contribué à dégrader la compétitivité de la France par rapport à l’Allemagne. Cette dégradation a sans doute été en partie compensée par une réduction des marges des entreprises françaises, j’y reviendrai, mais source Cour des Comptes, une dégradation des marges des entreprises françaises. Cette diminution de la rentabilité n’est pas tenable à terme. Deuxième source après l’Insee, la Cour des Comptes.

Troisième source que je voudrai indiquer et je vous dirai ensuite les conclusions que nous en tirons pour les négociations en cours : je voudrai revenir sur le rapport de Jean-Philippe Cotis, rendu public en 2009, à la suite de la demande du Président de la République sur l’évolution du partage de la valeur ajoutée dans notre pays. Le rapport Cotis dans sa page 13 indique la chose suivante : une partie du surplus de productivité a servi à financer l’extension de la couverture sociale. Ceci s’est d’abord fait par l’augmentation des cotisations employeurs. D’abord fait par l’augmentation des cotisations employeurs. Puis par la hausse des cotisations des salariés. Dans les deux cas, les cotisations croissantes contribuent à un décrochement du salaire net.

Vous comprenez que si je mets bout-à-bout ces différents constats faits, encore une fois par des institutions incontestables, nous sommes dans un modèle perdant-perdant. Perdant parce que ceci ne contribue en rien à stimuler la croissance. Ceci ne contribue en rien à faire augmenter d’une manière régulière et significative le salaire net des salariés. Et ceci au contraire contribue régulièrement à aggraver nos déficits publics et sociaux. Par conséquent, nous disons aujourd’hui, nous devons changer de modèle, nous devons changer de paradigme. Et cette évolution de changement commence par intégrer le fait que face à la situation des différents régimes sociaux, –  je pourrais parler aussi de certains financements publics mais restons sur le champ des régimes sociaux –  nous ne pouvons plus continuer à agir comme nous l’avons fait depuis des décennies, c’est-à-dire se contenter d’augmenter. Certes, à chaque augmentation cela paraît indolore parce que cela peut paraître faible, mais la question, c’est que régulièrement, presque inexorablement, nous ne cessons d’augmenter les cotisations sociales tant celles des employeurs que celles des salariés. Dans les deux négociations en cours, assurance-chômage, régimes complémentaires, nous disons qu’aucune augmentation de cotisations n’est acceptable à nos yeux. Soyons clairs sur la négociation des régimes complémentaires Agirc Arrco : nous n’accepterons pas d’augmentation des cotisations employeurs et nous n’accepterons pas d’augmentation des cotisations des salariés.

Par conséquent, sur le régime Agirc comme sur le régime Arrco, nous devons utiliser la variable qui a été utilisée sur le régime général, celle de l’âge. Et nous devons déplacer les deux bornes d’âge à 62 et à 67 ans.

Peut-être avez-vous remarqué que ce week-end, les européens ont adopté une série de textes essentiels pour l’avenir de l’Europe. On pourrait même qualifier ces textes de refondateurs. Il y a le texte sur le pacte de stabilité et puis surtout, il y a le texte qui s’appelait il y a quelques jours encore pacte de compétitivité qui aujourd’hui s’appelle pacte pour l’euro. Et dans ce texte adopté par tous les Européens, il est écrit noir sur blanc que les régimes de retraites doivent évoluer en fonction des l’évolution démographique et donc de l’espérance de vie. Je le redis, tous les Européens ont adopté un texte qui lie clairement l’âge à l’évolution du fonctionnement des régimes de retraite. C’est dans cette ligne-là que nous devons nous inscrire dans la négociation Agirc Arrco.

Quant à la négociation assurance chômage, le mécanisme d’assurance chômage est unique dans l’ensemble des régimes sociaux. Il est unique pas simplement parce que les partenaires sociaux sont vraiment les gestionnaires de l’assurance chômage, il est unique parce que c’est un modèle aux variations très fortes, mais aussi très rapides. La situation peut se dégrader très vite si le chômage augmente, mais à l’inverse, la situation s’améliore très vite également, peut-être même encore plus vite dès que sur le front de l’emploi les choses vont mieux. C’est le passé qui nous dit ses principes-là. En décembre 2005, le régime d’assurance chômage enregistrait un déficit de 13 milliards d’euros. Trois ans plus tard, décembre 2008, on passe à un déficit de 5 milliards. C’est-à-dire qu’en 3 ans, on a réduit le déficit de 8 milliards. Et il ne faisait aucun doute à l’époque que très vite, on allait retrouver des excédents, et évidemment, c’est la crise venue des Etats-Unis et des subprimes qui a cassé cette évolution. Mais sans cela, nous étions, en 2010 au plus tard à des surplus. Si on regarde plus en arrière, au milieu des années 90, on enregistre absolument la même chose. Nous sommes dans des pointes très graves en 1993, et pareil en trois ans, on rétablit les choses, en trois ans à cette époque-là on repasse dans du positif. Il y a donc une dynamique particulière, une élasticité et une rapidité spécifique aux mécanismes de l’assurance chômage.

Par conséquent, nous disons d’ores et déjà  alors que nous voyons des signes tout-à-fait encourageants sur l’assurance chômage, sur le front de l’emploi pardon, nous disons la chose suivante aujourd’hui : les projections qui sont faites par l’Unedic montrent très clairement une réduction à un rythme soutenu des déficits sur la base des données dont nous disposons aujourd’hui.

Par conséquent, dans la négociation actuelle, nous considérons essentiel d’acter d’une manière claire, d’une manière non ambigüe que dès que nous enregistrerons deux semestres consécutifs d’excédent sur l’assurance chômage, nous devons déclencher une baisse des cotisations pour les employeurs et pour les salariés. Dès que nous enregistrons deux semestres d’excédent consécutifs nous devons déclencher une baisse des cotisations.

Aujourd’hui, nous disons, et tout le monde dit, les entreprises n’ont pas des niveaux de rentabilité comparables par exemple aux entreprises allemandes – je mets à part le CAC 40, si vous voulez on y reviendra, mais dans le raisonnement il est tout à fait essentiel de les mettre à part – nos entreprises n’ont pas le niveau de rentabilité suffisant, et nous disons tous également que le pouvoir d’achat des salariés, de la très grande masse des salariés français, et là aussi permettez-moi de mettre à part les salariés des entreprises cotées au CAC 40 ou parmi les 100 plus grandes entreprises françaises – que donc, ces salariés ont des progressions de salaires faibles, en tous cas parfois à peine supérieures à l’inflation. Quand vous avez ce constat-là, il est étrange de contester l’intérêt de baisser des cotisations. Des cotisations qui affaiblissent évidemment la compétitivité coût du travail ou des cotisations pour les salariés qui entament leur salaire net. Et nous avons fait un calcul : si je prends le salaire moyen, pas le salaire médian, le salaire moyen : 2700 euros brut, si nous baissons sur l’assurance chômage la cotisation de 0,5 point, ce qui est un objectif possible d’ici deux, trois ans maximum, il faut se rendre compte que nous rendons, à 0,5 point, 62 euros annuels par an au salarié et nous rendons à l’employeur 103 euros. Côté entreprise, 103 euros multipliés par le nombre de salariés, cela peut être un budget significatif quand vous êtes dans une TPE ou une PME. Et pour un salarié, 62 euros me semblent toujours bon à prendre. A partir du moment où ceci se fait dans le cadre d’une convention d’assurance chômage aux caractéristiques identiques à celles que nous avons établies en 2009, c’est-à-dire une convention qui dans l’histoire des mécanismes sociaux est sur le rang numéro un de la protection – rappelez-vous, nous avons, en 2009, parce que nous étions dans une situation de très grave crise économique et donc sociale, permis l’entrée et donc la protection de chômeurs comme jamais – donc nous disons : 1. nous gardons ce niveau de protection, c’est très important, nous gardons ce niveau de protection, nous ne l’entamons pas ; et 2. nous pensons que nous allons, à un horizon raisonnable de deux à trois ans, trois ans peut-être, pouvoir baisser les cotisations. Là, c’est l’illustration du changement de paradigme et du gagnant-gagnant. C’est donc avec ces principes que nous souhaitons aborder la dernière ligne droite des négociations d’assurance chômage.

Je terminerais par un point lié à tout ceci et au partage de la valeur ajoutée.

Le rapport Cotis, en 2009, avait clairement indiqué qu’il n’y avait pas de déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des salariés. Evidemment, nous sommes dans une approche très macroéconomique à dire cela, et bien sûr, il peut y avoir des situations individuelles, entreprise par entreprise, très différentes. Il peut y avoir des cas d’entreprises où cette règle générale n’est pas vraie. Il peut y avoir des cas avec déformation au détriment des salaires. C’est pour cela que nous n’avons pas cessé de proposer aux organisations syndicales dans la négociation sur les institutions représentatives du personnel de mettre ce dossier sur la valeur ajoutée au cœur des débats. Donc nous sommes perplexes. Perplexes c’est le moins que je puisse dire, quand je constate que certaines organisations envisagent de suspendre leur participation à cette négociation. Je ne trouve pas que ce soit dans l’intérêt des salariés.

Par ailleurs, évidemment, il est tout à fait important d’actualiser les données du rapport Cotis. Peut-être que ce que n’a pas observé, c’est-à-dire cette fameuse déformation en 2009, se retrouve en 2010. Or, sur la base des chiffres dont nous disposons aujourd’hui, source INSEE évidemment, en 2010 il n’y a pas eu non plus de déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des salariés.

Je vais vous donner les chiffres qui illustrent mes propos : la valeur ajoutée en 2010 sur la base des trois premiers trimestres 2010 – nous n’avons pas encore le quatrième trimestre – a augmenté par rapport à la même période de référence sur 2009 de + 1 %. C’est évidemment assez faible. Les salaires chargés ont quant à eux, sur la même période, augmenté de + 2,5 %. Donc +1% sur la valeur ajoutée, + 2,5% sur les salaires chargés. Et dans cette augmentation, il faut comprendre que les salaires versés ont, eux, augmenté de 2,2% et l’ensemble des cotisations sociales ont, quant elles, augmenté de + 3,4%. Donc on est bien dans cette dérive dont je parlais tout à l’heure, c’est-à-dire des augmentations de charges sociales telles que cela ne peut que peser sur le salaire net des salariés.

Pour autant, peut-on faire encore mieux, encore plus pour l’ensemble des salariés français, via notamment l’intéressement et la participation ? Oui ! On peut faire plus et mieux. En 2009, le gouvernement a proposé, et le Parlement l’a voté, la création d’un forfait social sur la participation et l’intéressement : + 2%. Pour la Loi de Finances et de Sécurité sociale de 2010, ce forfait social et passé de + 2 à + 4%. Et pour la Loi de Finances de 2011 ce forfait social et passé de + 4 à + 6%. Augmenter la part de l’intéressement ou de la participation qui peut revenir aux salariés, c’est d’abord revenir sur le forfait social. Voilà la meilleure façon de faire mieux. Et je pense qu’il faut faire attention aux injonctions contradictoires qui sont sans cesse adressées aux entreprises et aux salariés des entreprises.

Au-delà de cela, il y a aussi une autre façon de faire mieux qui est d’inventer un mécanisme simplifié – nous avions fait à l’époque des propositions dans ce sens – , un mécanisme simplifié pour les petites entreprises qui soit un bon mix participation / intéressement. Mais sachez que, évidemment, nous sommes les premiers à vouloir développer la participation et l’intéressement. Je vous rappelle qu’il y a deux ans, nous avions fait un tour de France de l’intéressement et de la participation. Nous sommes prêts à repartir en promotion et en tournée, à faire le road show de l’intéressement et de la participation, à condition que l’on sorte des injonctions contradictoires.

Je pense que je vous ai dit l’essentiel sur les enjeux sociaux et encore une fois notre appel à un changement de paradigme qui affecte à la fois les négociations en cours et notre regard sur quelques propositions ou débats gouvernementaux.

Je terminerais en vous disant la chose suivante : ce mercredi, demain, en Conseil des ministres, doit être proposée une révision constitutionnelle tout à fait importante qui instaurerait une règle d’or en matière de finances publiques. C’est-à-dire une obligation d’équilibre. Je voudrais dire à quel point nous nous réjouissons, même si nous ne connaissons pas pour le moment le texte qui sera proposé au gouvernement, car c’était vraiment une des propositions phares de notre livre Besoin d’air, page 66. J’ai évoqué tout à l’heure le rapport Cotis et l’importance de la page 13, là je voudrais attirer votre attention sur les pages 66 et 67 de Besoin d’air : « nous demandons que soit inscrit dans la Constitution le principe d’équilibre des finances publiques, ce qui obligerait tout gouvernement à présenter et à faire voter un plan d’économies si les dépenses dépassées significativement les recettes ». Donc, nous sommes contents, demain je pense que Besoin d’air sera en partie mis en œuvre. Beaucoup d’autres choses ont été mises en œuvre, mais ceci était un des points qui nous tenaient le plus à cœur.
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