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01.07.10 - Discours de Laurence Parisot

1er juillet - Halle Freyssinet-Paris. Le MEDEF tient son Assemblée générale au cours de laquelle doit être élu son président. Candidate à sa propre succession pour un nouveau mandat de 3 ans, Laurence Parisot a, dans son discours, déclaré "la solution à la crise existe, elle passe par l'entreprise, par les entreprises et par l'esprit d'entreprise". Elle a aussi proposé aux membres de l'Assemblée générale un projet autour de la "compétition équitable". Le discours intégral de Laurence Parisot.

La compétitivité équitable :

promouvoir l'égalité des chances entre entreprises de différents pays, mettre explicitement le respect de l'homme au coeur de l'entreprise, reconnaître la force créative irremplaçable de l'esprit de l'entreprise.

"Chers Amis,

Nous nous connaissons bien. Depuis cinq ans que nous traversons ensemble l’une des périodes les plus passionnantes mais aussi les plus difficiles que les chefs d’entreprise aient jamais connue, nous avons appris à nous apprécier et je crois que nous n’avons plus aucun doute sur nos qualités.


Nous savons que nous sommes courageux ; que nous sommes capables de nous remettre en question et d’affronter des situations totalement nouvelles ; nous savons que, quelle que soit la taille de notre entreprise, nous pouvons aller au bout du monde pour conquérir de nouveaux marchés et ainsi porter haut les couleurs de la France ; nous savons que notre exigence de transparence et d’éthique a fait de nous l’un des patronats les plus modernes ; nous savons que notre volonté d’efficacité a imprimé la vie sociale de notre pays, et je fais ici référence aux vingt-et-un accords que nous avons signés depuis 2005 ; nous savons que notre préoccupation sociétale a été une innovation majeure de ces dernières années, et ô combien fructueuse dans la lutte contre les discriminations comme dans notre engagement en faveur du développement durable et de la biodiversité.


Nous savons que nous sommes maintenant -très légitimement et très indubitablement- des acteurs majeurs de la vie publique, que nous avons imposé avec succès le débat économique dans l’élection présidentielle de 2007, et nous sommes bien décidés à recommencer en 2012, pour que ni l’économie ni l'entreprise ne soient jamais traitées autrement qu’à leur juste place, c’est-à-dire à la première place.


Nous connaissons aussi notre résistance et notre combativité. Nous ne sommes pas des belliqueux, mais néanmoins, si nous devons nous battre pied à pied, nous répondons présent, et mille fois, nous avons prouvé que nous pouvions en découdre s’il le fallait.


Dans les années 50, l’institut de sondages Gallup avait inventé un slogan révolutionnaire : helping people to be heard. Aider les gens à se faire entendre. A cette exigence démocratique qui nous semble aujourd’hui élémentaire, ajoutons-en une autre : aider le business à se faire entendre !


Je reviens de Toronto. Les gouvernements, les institutions internationales ou supra nationales, les décideurs économiques sont amenés pour la première fois dans l’Histoire à prendre des décisions ensemble.

Tout a changé. Les moyens d’information, de communication et d’action dont le monde moderne dispose –on ne l’a peut-être pas assez remarqué- renouvellent les liens des acteurs entre eux et transforment ainsi notre vie politique.

Notre planète est devenue une immense caisse de résonnance où plus aucun bruit ne reste isolé ou mineur.

Le règne du numérique -lui-même très largement encore zone de non-droit-  vient perturber la démocratie politique et la démocratie sociale.

La vitesse des changements -même structurels- est aujourd’hui fulgurante.


Entre tous les avenirs possibles, le choix du monde dont on veut est devenu un choix collectif, un choix transparent, un choix planétaire, un choix qui s’avèrera peut-être au bout du compte consensuel, mais qui aura d’abord été un choix de critères publiquement débattus où nous, entrepreneurs de France, devrons porter notre voix le plus haut possible.


1°) Nous nous devons de dire premièrement que la crise n’est pas terminée.

Cette crise que depuis le début, on compare par la violence, l’ampleur et l’intensité à celle de 1929, et du coup par l’incertitude incroyable qu’elle crée, cette crise pourrait bien continuer ses ravages, et ce serait alors ses retombées qu’il conviendrait combattre : des retombées comme autrefois nationalistes, protectionnistes, populistes, qu’on voit poindre ici ou là, et qui –si elles se confirmaient- ne pourraient qu’affaiblir notre démocratie et entraver gravement l’économie de marché et la liberté d’entreprendre.

Soyons donc vigilants contre toutes les démagogies, en particulier celles qui tentent de nous atteindre, et puisque nous avons une parole forte en matière de politique économique et sociale, mettons immédiatement et sans réserve toute notre énergie à promouvoir la lutte contre le chômage, et contre les déficits publics et la dette : car s’ils perduraient, ils nous conduiraient inévitablement à un appauvrissement collectif, lui-même grand pourvoyeur du populisme, et la spirale négative risquerait alors de s’enclencher.


2°) Nous nous devons deuxièmement de dire que la solution à la crise existe. Elle passe par l’entreprise, par les entreprises, et par l’esprit d’entreprise. Et c’est pour cela que notre rassemblement aujourd’hui est si important. C'est pour dire que la solution existe, qu'elle passe par l’entreprise et l’entreprise c’est nous tous !


Ne nous laissons pas abuser par le schéma simpliste selon lequel il faudrait adopter soit une politique de relance soit une politique d’austérité car la gestion rigoureuse comme l’ambition de croissance sont également nécessaires et souhaitables.

Le choix devant lequel notre pays se trouve est tout autre : non pas relance ou austérité, mais compétitivité ou marasme.

Nous exigerons une politique qui encourage la création des richesses et permette aux entreprises d’être compétitives, tirant ainsi vers le haut toute la société !


Il y a dans notre pays une tradition idéaliste qui nous a valu une très grande gloire de par les siècles et de par le monde, mais qui souvent nous affaiblit face à l’empirisme et au pragmatisme anglo-saxons ou asiatiques.

Certains mensonges ou certaines vues de l’esprit ont plus de prise sur nos compatriotes que nulle part ailleurs. Les 35 heures furent de cette sorte. Comment certains ont-ils pu croire que ce qui se faisait difficilement en trente neuf heures se ferait aisément en 35 ? Comment certains ont-ils pu imaginer qu’avec un handicap si brutal de temps en moins, nous ferions aussi bien, voire mieux que nos voisins européens pour ne parler que d’eux ? La réforme de la réforme des 35 heures n’est pas achevée. Nous ne cesserons pas de faire des propositions pour corriger définitivement ce système abracadabrant.

Autre erreur ou autre mensonge de la même farine : les retraites. Il a plu à certains de nos compatriotes de croire pendant plus de trente ans que nous saurions défier les lois de la démographie.

Nous Medef devons sans relâche avertir, prévenir, anticiper, empêcher que notre pays aille dans le mur.

Nous avons initié l’indispensable réforme des retraites, nous allons désormais l’accompagner.

Nous allons de la même façon initier et accompagner la toute aussi indispensable réforme de l’assurance maladie et de son financement.

Et nous allons soutenir la nécessaire réduction des dépenses publiques et l’inversion de la tendance de la dette – pour que surtout, on n’atteigne jamais les 100 % de PIB comme les chiffres actuels le laissent entendre !


Car si c’était le cas, nos entreprises seraient sollicitées pour combler les trous, et alors…adieu la compétitivité !

Par quelque bout qu’on la prenne, la compétitivité de nos entreprises sera le maître mot de notre projet.


Qu’on aborde la compétitivité à partir de l’école, car la France ne restera pas longtemps concurrentielle si plus de 20% de ses adolescents continuent de ne pas maîtriser le français élémentaire en classe de troisième, et savent à peine lire à 15 ans…

Ou qu’on pense la compétitivité via le refus de toujours nouveaux fardeaux fiscaux et sociaux, ou de toujours nouvelles complications réglementaires…

Ou qu’on prenne plutôt l’enjeu de la compétitivité en voulant moduler une disposition  qui ne pourrait sans dommage peser de la même façon sur un grand groupe, une ETI, une PME, une TPE…

Ou qu’encore, on voie la compétitivité comme le fruit de négociations réussies entre partenaires sociaux, c’est toujours le maître mot de notre projet, c’est toujours de la même chose qu’on parle : de la compétitivité. C’est-à-dire de la bonne santé de nos entreprises, de la bonne santé que l'on souhaite à notre économie, à notre pays !

Du légitime désir de gagner -et de gagner haut la main quand on propose la meilleure offre !

De la nécessaire égalité des chances entre entreprises de pays différents : de l'égalité des chances économiques, sociales et juridiques, que les gouvernements doivent rougir de ne pas assurer !

Ce serait là ce que les Anglais appellent une ‘fair competition’, et que nous ferions bien de traduire au plus vite pour exiger une ‘compétition équitable’ !

Cette exigence, ensemble nous la dirons et nous la redirons inlassablement !

Car tel est bien le projet que je vous propose : une ‘compétition équitable’.

Une compétition équitable qui reconnait explicitement que le respect de l’Homme est au coeur de l’entreprise, que le respect de l’Homme est le cœur de l’entreprise, et une compétition qui ne crée pas d'injustice entre les générations faute d'avoir pris soin de leur environnement.

Et si vous en êtes d’accord, nous allons configurer le Medef dans cet objectif, de façon qu’il soit à la fois local et global, présent dans nos territoires, présent à Paris, présent dans les instances mondiales, à Bruxelles et partout où se décide, autant qu’à l’Assemblée Nationale ou au Sénat, la vie et l’avenir de nos entreprises et de nos marchés.

Nous Medef avons ce projet à porter.

Inlassablement nous nous battrons pour la compétitivité de nos entreprises, nous dirons et redirons que nous exigeons une compétition équitable.

Nous dirons et redirons que se battre pour l’entreprise, c’est tout à la fois se battre pour la vie, pour la survie, pour le bien vivre, pour le profit, pour les hommes, pour l’emploi, pour la consommation, pour l’offre, pour l’esprit créatif, pour la nation, pour le particulier et pour le collectif.


Inlassablement nous dirons et redirons que nous n’entrons pas une seconde dans la délectation morose selon laquelle le chef d’entreprise ne serait pas aimé en France : songez aux larmes que versèrent les employés de Michelin le jour où ils apprirent, en même temps que la France consternée, la mort accidentelle d’un de nos plus grands capitaines d’industrie, Edouard Michelin.

Inlassablement nous dirons et redirons que l’entreprise, c’est le nerf de la guerre, que c’est le lieu privilégié, pour ne pas dire unique, de la création de richesses, qu’un pays doit prendre soin de ses entreprises comme de son plus beau joyau.

Inlassablement nous dirons et redirons qu’il ne faudrait pas tuer la poule aux œufs d’or, nous accabler de charges ou nous faire toujours des procès d’intention, ni inciter nos jeunes talents à aller s’installer ailleurs.

Car il faut sortir de la crise, et c’est nous, entrepreneurs, et nous seuls qui sommes et serons les vecteurs de la solution.

Le monde entier a maintenant compris, à travers des approches au fond plus cohérentes qu’on aurait pu le croire à première vue -et je citerais pêle-mêle le bon million de TPE françaises, le micro crédit, le SME Financial Challenge du G20, la PME Attitude et même les formes toutes nouvelles et récentes de relocalisations- quel gisement de  richesses futures de tous ordres représentent partout les très petites entreprises, des gisements en termes d’invention, de profit, de modèle social, de lien, de cohésion, d’espoir.

Sans oublier qu’un passé de petite entreprise est souvent présent dans la mémoire des plus grands groupes pour leur insuffler valeurs, culture, identité, courage, sens, direction dans tous les sens du mot.

Eh bien mes amis, je vous le demande, quel est le secret de ces toutes petites entreprises reconnues si prometteuses ? Il y en a plus d’un, me direz-vous, et c’est vrai. Mais il y en a un qui associé à tous les autres, ou résultant de tous les autres, m’apparaît comme la véritable clé de l’avenir.

Outre que ces toutes petites entreprises réconcilient chacun avec l’entreprise, outre qu’on ne s’y demande pas quel est le sens de la valeur travail tant le travail et l’amour du travail y occupent une place éminente, outre qu’on y comprend aisément que la compétitivité passe par le respect de l’homme et réciproquement, outre tout cela qui atteste déjà une force, une intelligence, une modernité, une perspicacité remarquables, le véritable secret des toutes petites entreprises, et la raison pour laquelle on se penche sur elles avec tant d’attention, c’est l’esprit d’entreprise.

Dans les toutes petites entreprises, l’esprit d’entreprise porteur d’avenir se trouve comme à l’état pur et chacun le reconnaît aisément.

Et dans toutes les autres entreprises, il est également là, il est également à l’œuvre, audacieux, créatif, indomptable, ouvrant la voie encore inimaginable peu de temps avant, nous indiquant de nouvelles pistes, frayant des chemins insoupçonnés et nous délivrant finalement le fil d’Ariane qui nous conduit tous vers l’après-crise.

Nous nous connaissons bien. Vous me connaissez bien mais je vous connais bien aussi.

Je sais que vous tous ici, vous l’avez en vous, cet esprit d’entreprise, et grâce à lui nous regardons au-delà de la crise comme par dessus un mur pour porter la voix de l’espoir, pour trouver la voie de l’espoir !

L'entreprise, c'est la vie, l'entreprise, c'est nous tous !"